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Doctorant.e

Sophia VERGUIN

Architecte et doctorante en urbanisme, Sophia VERGUIN crée VILLE·S EN-JEUX, un jeu sérieux qui invite étudiants, professionnels et citoyens à comprendre les enjeux urbains et à co-construire des projets de manière ludique et immersive.

Architecte de formation et doctorante en urbanisme, Sophia VERGUIN allie expertise et créativité pour repenser la ville. Après plusieurs années en agence, elle se tourne vers la recherche et la conception de projets innovants, convaincue que la transformation urbaine passe autant par les idées que par l’expérimentation. De cette démarche naît VILLE·S EN-JEUX, un jeu sérieux qui permet à étudiants, professionnels et citoyens de comprendre les enjeux urbains, d’exprimer leurs perceptions et de co-construire des projets collectifs de manière ludique et immersive. À travers ce projet, Sophia explore de nouvelles formes de participation et de créativité, où chaque interaction devient un levier pour imaginer la ville autrement.

1. Peux-tu présenter ton projet en quelques mots ?

Ce projet – VILLE·S EN-JEUX – est un jeu sérieux à destination des étudiants, des professionnels de la concertation et des acteurs de la ville pour

Co-concevoir un projet urbain en favorisant la créativité collective et en expérimentant en tant que maquette interactive

Comprendre les enjeux de la fabrique urbaine sous forme de jeu de rôle

Recueillir les perceptions sur un territoire existant ou en projet, En tant qu’outil de concertation

2. Quel a été ton chemin jusqu’à aujourd’hui ?

Après des études d’architecture, j’ai d’abord exercé plusieurs années en agence, avec un intérêt particulier pour la réhabilitation et la transformation de l’existant. Cette première expérience m’a amenée à réfléchir aux manières d’intervenir autrement sur la ville, en conciliant création, durabilité et usages. C’est ce qui m’a conduite à entreprendre un doctorat en urbanisme, tout en poursuivant un travail en agence d’architecture et d’urbanisme au sein d’un pôle R&D.

Dans ce cadre, j’ai eu la chance de mener des projets transversaux sur des thématiques variées — la transformation des zones commerciales, les matériaux biosourcés, ou encore la diffusion de la recherche urbaine. J’ai notamment créé le podcast L’écho des villes, pour partager ces réflexions avec un plus large public.

Ma thèse m’a aussi permis de développer un projet expérimental : le jeu sérieux VILLE·S EN-JEUX, que j’ai conçu et testé auprès de plus de 120 participant·es. Cette démarche de recherche-action a renforcé mon envie d’explorer des formats créatifs pour diffuser la connaissance et accompagner les transitions urbaines.

 3. Quand tu étais enfant, tu rêvais de devenir quoi ?

Quand j’étais enfant, je rêvais surtout de créer, peu importait le support. J’aimais transformer le quotidien en quelque chose de nouveau, que ce soit à travers une chanson inventée avec mon meilleur ami, un petit court-métrage ou une série de photos.

Avec le recul, il y a clairement un fil conducteur : cette envie d’imaginer, de raconter et de donner forme à des idées. C’est une approche que je retrouve pleinement aujourd’hui, où la créativité reste au cœur de tout ce que je fais.

4. Comment s’est passée ta scolarité ?

J’ai gardé un très bon souvenir de ma scolarité. J’ai eu la chance de croiser des enseignants passionnés qui ont compté dans mon parcours : une professeure d’histoire fascinante au collège, des échanges enflammés avec ma professeure d’allemand, et surtout des professeurs de grec ancien qui m’ont transmis le goût des mots et fait découvrir la beauté de la tragédie grecque. Ces rencontres ont nourri ma curiosité et mon plaisir d’apprendre.

5. Quelles ont été tes passions et influences ?

Depuis toujours, le cinéma est l’une de mes grandes passions : j’y puise autant une source d’inspiration qu’un regard sur le monde. Je suis aussi quelqu’un de très curieux, animé par le besoin constant de comprendre et d’apprendre. Cette curiosité me pousse à explorer des domaines variés et à créer des ponts entre différentes disciplines, une approche qui nourrit ma créativité et façonne ma manière d’entreprendre.

6. Quel a été le déclic pour te lancer ? 

Le déclic est venu progressivement, au fil de mes expérimentations pour améliorer le jeu sérieux que j’avais créé pendant ma thèse. En échangeant avec différents interlocuteurs issus de milieux variés, j’ai réalisé à quel point cet outil avait un potentiel d’adaptation remarquable. Cette prise de conscience a été déterminante : il fallait absolument qu’il soit diffusé plus largement.

7. Quel problème voulais-tu résoudre ?

Je voulais répondre à deux constats récurrents dans les démarches de concertation. D’une part, l’impression de réinventer la poudre à chaque nouveau projet, au risque de perdre beaucoup de temps à reformuler sans cesse les mêmes outils ou approches. D’autre part, certains participants, experts de leur territoire, peuvent se retrouver inhibés dans la discussion : ils savent trop bien « comment ça marche » pour oser imaginer autrement.

8. Quel besoin ton projet adresse-t-il ?

Mon objectif était donc de créer un dispositif polyvalent, flexible et facilement adaptable à différents contextes territoriaux pour optimiser le temps consacré à la préparation tout en diversifiant les propositions. J’ai voulu désamorcer la barrière des participants inhibés par le jeu et la manipulation, au sens littéral du terme : utiliser les mains, les objets, les cartes, pour décloisonner les imaginaires.

9. Où en es-tu aujourd’hui dans ton projet ?

Aujourd’hui, j’en suis à une étape charnière : celle du passage du prototype à la conception en série. Le jeu, dans sa forme actuelle, s’apparente presque à un objet d’art en chêne massif. Mon défi est désormais de le rendre plus accessible tout en préservant sa qualité, sa matérialité et sa durabilité. En parallèle, je travaille sur une évolution du design global afin d’affiner son identité et de préparer les prochaines phases de développement.

10. Quels ont été tes plus grands défis et comment as-tu rebondi ?

L’un de mes plus grands défis a été de transformer une idée très artisanale, presque sculpturale, en un projet viable à une échelle plus large. Passer de l’expérimentation manuelle au prototypage abouti m’a demandé d’apprendre à concilier exigence esthétique, contraintes techniques et réalités économiques. J’ai rebondi en m’entourant de bons interlocuteurs et en acceptant que chaque ajustement fasse partie du processus créatif. C’est cette capacité d’adaptation qui m’a permis de garder l’équilibre entre vision artistique et projet entrepreneurial.

11. Quelle est ta plus grande fierté aujourd’hui ?

Ma plus grande fierté aujourd’hui, c’est d’avoir réussi à donner forme à une idée qui, au départ, n’était qu’une intuition. Voir le jeu exister réellement, susciter de l’intérêt et de l’émotion chez ceux qui le découvrent, c’est une immense satisfaction. C’est aussi une fierté d’avoir tenu bon à chaque étape, entre les essais, les doutes et les ajustements et d’avoir su concilier exigence esthétique, durabilité et sens.

12. Si tu pouvais revenir en arrière, quel conseil te donnerais-tu ?

Si je pouvais revenir en arrière, je me dirais de faire davantage confiance au temps et aux étapes du processus. On a souvent envie que tout aille vite, mais chaque détour a son utilité.

13. Quel message aimerais-tu transmettre aux étudiantes qui hésitent à se lancer ?

Le processus de création d’un projet demande du temps et de la persévérance. Heureusement, il existe aujourd’hui de nombreuses structures d’accompagnement, comme le statut national étudiant-entrepreneur, qui permettent de faire mûrir et de développer ses idées. Des réseaux associatifs tels que Femmes de Territoire offrent aussi un précieux soutien. Mon conseil serait de ne pas rester isolée, même si votre projet vous semble encore fragile ou imparfait. Entourez-vous, échangez, demandez conseil : c’est en partageant que l’on affine ses idées et que l’on gagne en confiance.

13. Une ressource, une citation, un livre, un podcast ou une personnalité qui t’inspire ?

Le parcours visionnaire de trois femmes m’inspire profondément : Denise Scott Brown, Ray Eames et Jane Campion. Architecte et urbaniste pionnière, Denise Scott Brown a révolutionné l’approche postmoderne des villes dans Learning from Las Vegas, sa résilience éclaire mes travaux en urbanisme territorial, tout comme son enseignement innovant qui repense la transmission des savoirs sur la ville et l’architecture. Ray Eames, designer et architecte, a co-créé des icônes comme la Lounge Chair, transformant matériaux industriels en objets quotidiens et poétiques, et le film Powers of Ten – cette exploration magistrale des échelles cosmiques et microscopiques –, incarnant une créativité collaborative. Jane Campion, réalisatrice audacieuse, a brisé le plafond de verre du cinéma en remportant la Palme d’or pour La Leçon de piano, explorant l’émancipation féminine à travers films et séries avec une singularité qui redessine les récits intimes comme les espaces résilients. Ensemble, elles incarnent l’audace entrepreneuriale qui repense les territoires – urbains, design ou narratifs – avec humanité et innovation.

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